« Mon passe-temps favori, c’est laisser passer le temps, avoir du temps, prendre son temps, perdre son temps, vivre à contretemps » – Françoise Sagan
  • Les Forges d’Abel [Pyrénées atlantiques]

  • Depuis 1986, des sites de franchissement de la frontière franco-espagnole ont perdu leur raison d’être : des postes et villages douaniers, des gares « internationales » disparaissent des cartes. La frontière ne conduit plus à des ailleurs ; elle est devenue l’ailleurs.

  • « Il s’agit alors de lieux d’intensité sociale déclinante, de lieux ignorés de tous ceux qui ne veulent pas les voir et qui entrent par là même dans le domaine de l’indifférence, qui est celui du non-dit, de l’inutile et de l’invisible « 

    Philippe Bachimon, Vacance des lieux, Belin, 2013, p25

  • Sembadel [Haute-Loire]

  • Les friches sont désormais moins industrielles que touristiques. De l’Auvergne aux Pyrénées, on compte des stations thermales fantomatiques, des villages de vacances abandonnés, des hôtels sans avenir, des gares et viaducs sans train.

  • « Je désirerais que l’on conserve ou que l’on restaure des espaces d’indétermination où les individus auraient la liberté de demeurer dans un état de vacance ou de poursuivre leur marche »

    Pierre Sansot, Du bon usage de la lenteur, Payot, 2000, p 158

  • Gorges du Chavanon [Puy-de-Dôme]

  • Encore une porte de gare sur laquelle une affiche informe d’une « fermeture provisoire » du trafic ferroviaire. De la vallée d’Aspe aux Combrailles, on attend une « réouverture ». En attendant, la nature fait son œuvre.

  • « Les pauvres choses témoignent d’un monde perdu, leurs traces à peine visibles forment la trame de notre vie »

    Roberto Peregalli, Les lieux et la poussière, Arléa, 2017, p 16

  • Porthleven [Cornouailles]

  • Je m’assois sur un banc ou à même le sol, et je regarde l’horizon ; l’attente me suffit ; je trouve sur les quais grecs, sur les pontons, embarcadères et jetées de quoi satisfaire mon envie d’évasion. Je me laisse emporter par le bal des ferries et savoure les temps faibles.

  • « Or, loin d’être une prison et de désigner une incomplétude, l’attente telle que je la ressens est un déploiement de tous les sens, un rayonnement d’astres. C’est une façon de déchiffrer les signes du présent et de se tenir au cœur des choses »

    Jacqueline Kelen, Inventaire vagabond du bonheur, Albin Michel, 2008, p 24

  • Pont de Massugeon [Haute-Vienne]

  • Elles n’alimentent pas (encore) les usines et centrales nucléaires, ne figurent pas sur la liste des fleuves qui font le prestige d’un pays. Elles préfèrent disparaître avant d’enrichir le capitalisme. Elles chantent au fond d’une vallée discrète, sont connues de quelques pêcheurs, paysans et gens du village. Elles sont limousines et qui les fréquente ne les oublie jamais.

  • « On accède à l’émerveillement non en raison de la nature merveilleuse du spectacle mais grâce à un état d’être favorable ou, autrement dit, s’émerveiller résulte d’une procédure alchimique dont le principe se trouve dans le regardeur et qui permet de révéler une dimension secrète des choses »

    Belinda Cannone, S’émerveiller, Stock 2017, p 18