« Mon passe-temps favori, c’est laisser passer le temps, avoir du temps, prendre son temps, perdre son temps, vivre à contretemps » – Françoise Sagan
Mont Tsiknias [Tinos]
En hiver, hors-saison, les rivages d’Europe se sont débarrassés des ciels opaques, des chaleurs accablantes et des foules qui entravent le désir d’aimer. Le bleu devient infiniment plus bleu.
« Je refuse les dates et les explications des savants. Je préfère inventer ma propre histoire de la Grèce, une histoire qui puisse correspondre aux merveilles incompréhensibles que j’ai vues de mes yeux »
Henry Miller, Premiers regards sur la Grèce, 1973, Arléa, 2010, p 65
La Pousterle [Hautes-Alpes]
Je confesse que je ne cherche pas les sommets. Je prends dans mon sac à dos des vêtements chauds, un appareil photo et un carnet pour aller me poser sur les rives d’un lac ou d’un torrent, pour divaguer sur des cimes sans randonneurs et sans alpinistes. Quand le soleil décline, je prends le chemin du retour, le plus tard possible. Je ne conquiers rien, j’accueille la lumière.
« Il n’y aurait pas pour moi d’espace si je n’avais pas de corps »
Maurice Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception, 1945, Gallimard, p 119
Strasbourg [Bas-Rhin]
Quand vient l’hiver et que la ville se vide, j’en profite pour rôder dans les quartiers et faubourgs, et mettre en application la « théorie de la dérive ».
« C’était le début de l’hiver. Souvent, je restais des jours entiers sans adresser la parole à personne. Je n’avais d’ailleurs envie de voir personne. Je me réfugiais dans les rues. J’étais mal équipé et le froid me pénétrait partout. Certains jours je rentrais dans les galeries où je passais les journées à regarder les livres. D’autres jours je marchais, je me sentais bien. Cela me permettrait de réfléchir, de penser à des projets, de rêver tout haut, de faire passer des angoisses. Paris était loin. J’étais oublié de tous. Je n’avais aucun ordre du jour. Je me laissais aller à l’envie du moment »
Raymond Depardon, Errance, Seuil, 2000, p 146
Rousseix [Haute-Vienne]
Je reconnais leurs silhouettes qui m’appellent dans les prés, et aime à me glisser sous leurs alignements qui m’offrent des séquences cinématographiques. Les arbres sont des êtres vivants comme les autres..
« Un paysage nous « touche », non pas accidentellement ou anecdotiquement, mais essentiellement parce qu’il fait éprouver, de sa pure extériorité, un plus intérieur de soi (que « soi ») révélant mon intime »
François Jullien, Vivre de paysage ou l’impensé de la raison, Gallimard, 2014, p 92
Barsanges [Corrèze]
Je fréquente depuis 25 ans une transversale oubliée, une France entre parenthèse, entre Limoges et Clermont-Ferrand, un pays de confins où je vis le plus long et passionnant des voyages.
« Tout chemin m’est bon dès que la voiture m’a hissé insensiblement – presque toujours, de quelque côté qu’on l’aborde, par de longues rampes douces – sur cette terrasse éventée de la France, où errer à l’aventure a quelque chose de plus grisant qu’ailleurs ; même dans le Limousin, moins accidenté, plus monotone, la surprise s’embusque presque partout »
Julien Gracq, Carnets de grands chemins, José Corti, 1992, p 70