« Mon passe-temps favori, c’est laisser passer le temps, avoir du temps, prendre son temps, perdre son temps, vivre à contretemps » – Françoise Sagan
  • Site de la Vie [Corrèze]

  • Il reste des murs effondrés et le silence des eaux endormies. De l’Aragon au Limousin, j’explore les vallées et rivières anesthésiées.

  • « On peut aussi bien lire les tableaux de ruines comme les figures d’un portrait, voire d’un autoportrait » écrit le philosophe Jacques Derrida. A cette génération se répandant aujourd’hui sur les cimaises des lieux artistiques institutionnels répond sourdement l’underground du corps social : les muralistes anonymes et invisibles qui s’approprient par leurs graffitis des zones sinistrées ou écartées, comme les ballasts des chemins de fer, disent leur condition périlleuse et marginale à l’image des territoires conquis »

    Michel Makarius, Ruines ; représentations dans l’art de la renaissance à nos jours, Champs arts, Flammarion, 311p, p 274

  • Saint-Etienne-aux-clos [Corrèze]

  • Il y a dit-on des émotions qu’il faut accepter ; alors je les accueille lorsqu’elles frappent à ma porte. Je revisite ma mélancolie dans une optique cathartique, à partir de ce coin de Terre qui me soulage et me console. Le plateau est à mes portes. Il est une sorte de sanctuaire, non pas de ceux que la société a érigé à ma place, mais que j’ai choisi, à l’abri du temps. C’est un pays silencieux où la quiétude côtoie l’inquiétude. Il y a dans ses cimetières et chapelles, dans ses parcelles de douglas dévastées, dans ses lacs brumeux, dans ses villages de granite aux persiennes closes, une part d’angoisse : c’est la mienne.

  • « Quand du pays devient paysage, ce que j’appréhende en lui n’est plus indifférent, mais fait signe, « me parle », « me touche » comme on dit familièrement »

    François Jullien, Vivre de paysage ou l’impensé de la raison, Gallimard, 2014, p 215

  • Messeix [Puy-de-Dôme]

  • Je cherche les zones de confins ; j’ai découvert dans leurs villages et chefs-lieux de cantons un « quatrième temps ». Il s’agit d’une espèce d’espace où le présent (l’ère du temps) n’est pas parvenu jusqu’ici, où le futur semble improbable, où le passé n’est plus mais rôde encore au travers d’une multitude de scènes qu’il suffit de cadrer (du regard, ou photographiquement) pour retourner dans les années 1970. Le quatrième temps est une sortie de route de l’espace géographique, un figement, une bulle spatio-temporelle comme échappée de la surface du réel.

  • « La façade d’une maison est comme le visage d’une personne. Souriante, sombre, marquée, vieillie. Le temps a déposé à sa surface le poids des années. De la corniche, d’où s’élance le toit, à l’encadrement des fenêtres, l’enduit, tout se consume et se concentre en un instant figé dans le temps. La lumière du matin, rasante, révèle des détails qui, au soir, s’estompent. Un lieu n’est pas immortel, il n’est pas, comme un tableau peut l’être, quelque chose de stable dans le temps. Sa beauté se modifie au cours des saisons, et puissant est le lien avec ce qui l’entoure. Dans notre monde, attentif uniquement à la reconnaissance de ce qui est visible, on pense que, indépendamment de ce qui survient, un lieu reste le même. Mais c’est faux. Ce qui en fait le magnétisme, c’est un ensemble de choses »

    Roberto Peregalli, Les lieux et la poussière, Arléa, 2017, p 17