« Mon passe-temps favori, c’est laisser passer le temps, avoir du temps, prendre son temps, perdre son temps, vivre à contretemps » – Françoise Sagan
Bonneval [Puy-de-Dôme]
Une véranda, un feu de cheminée, une table ouvrant sur un jardin, la visite d’un chat, une conversation intime autour d’un verre… Des maisons m’accueillent autant que je les accueille, m’offrant un doux retrait, une paix de l’âme, une amitié.
« J’habite une maison perdue dans la lumière du ciel. Toit et fondations flottent dans les nuages. Je peux rester des heures ainsi dans le jardin, tandis qu’une lumière peint et repeint l’obscurité de mes pages. Personne ne m’écrit, mais je sais que quelqu’un pense à moi, très loin dans l’univers. Cela suffit à gonfler mon cœur de joie. Il ou elle sont ceux pour qui j’écris depuis toujours des livres qui sont des lettres qui ne partent pas, que je remise à l’infini «
Joel Vernet, L’oubli est une tâche dans le ciel, Fata morgana, 2020, p 34
Peyrelevade [Corrèze]
Il existe des routes déclassées, déviées, dépecées. Chaque découverte d’un tronçon est l’occasion d’une heureuse parenthèse, d’une pratique momentanée de l’écart, d’une perte (déviance) qui n’est ni plus ni moins qu’une manière de se (re)trouver.
« L’exilé volontaire est un voyageur perpétuel pour qui seul le départ a de la saveur. Pour lui, aucune halte, aucune destination ne vaut un départ, la perspective d’un ailleurs. L’exilé vit l’expérience du vent, sa fuite est en avant, chaque arrêt est un échouage. Il courtise sa propre disparation »
Thierry Pardo, Petite géographie de la fuite ; essai de géopoétique, Les éditons du passage, 2015, p 15
Confolent – Port-Dieu [Corrèze]
Ce sont des reliques au statut incertain, des épaves signalant une absence. Je les découvre au hasard d’une lisière, aux abords d’une grange, cernant un ancien garage, oubliées sur la place d’un village grec.
« Ses diversions, ses avaries sont le signe que quelque chose peut encore arriver. Face à la désolante présomption de notre époque, existe un autre temps qu’on ne maîtrise pas, qu’on ne dirige pas, qu’on ne contrôle pas, et qui peut offrir de nouvelles perspectives en prenant des chemins de traverse »
Roberto Peregalli, Les lieux et la poussière, Arléa, 2017, pp 65-66
Site de la Vie [Corrèze]
Il reste des murs effondrés et le silence des eaux endormies. De l’Aragon au Limousin, j’explore les vallées et rivières anesthésiées.
« On peut aussi bien lire les tableaux de ruines comme les figures d’un portrait, voire d’un autoportrait » écrit le philosophe Jacques Derrida. A cette génération se répandant aujourd’hui sur les cimaises des lieux artistiques institutionnels répond sourdement l’underground du corps social : les muralistes anonymes et invisibles qui s’approprient par leurs graffitis des zones sinistrées ou écartées, comme les ballasts des chemins de fer, disent leur condition périlleuse et marginale à l’image des territoires conquis »
Michel Makarius, Ruines ; représentations dans l’art de la renaissance à nos jours, Champs arts, Flammarion, 311p, p 274
Saint-Etienne-aux-clos [Corrèze]
Il y a dit-on des émotions qu’il faut accepter ; alors je les accueille lorsqu’elles frappent à ma porte. Je revisite ma mélancolie dans une optique cathartique, à partir de ce coin de Terre qui me soulage et me console. Le plateau est à mes portes. Il est une sorte de sanctuaire, non pas de ceux que la société a érigé à ma place, mais que j’ai choisi, à l’abri du temps. C’est un pays silencieux où la quiétude côtoie l’inquiétude. Il y a dans ses cimetières et chapelles, dans ses parcelles de douglas dévastées, dans ses lacs brumeux, dans ses villages de granite aux persiennes closes, une part d’angoisse : c’est la mienne.
« Quand du pays devient paysage, ce que j’appréhende en lui n’est plus indifférent, mais fait signe, « me parle », « me touche » comme on dit familièrement »
François Jullien, Vivre de paysageou l’impensé de la raison, Gallimard, 2014, p 215