En hiver, hors-saison, les rivages d’Europe se sont débarrassés des ciels opaques, des chaleurs accablantes et des foules qui entravent le désir d’aimer. Le bleu devient infiniment plus bleu.
« Je refuse les dates et les explications des savants. Je préfère inventer ma propre histoire de la Grèce, une histoire qui puisse correspondre aux merveilles incompréhensibles que j’ai vues de mes yeux »
Henry Miller, Premiers regards sur la Grèce, 1973, Arléa, 2010, p 65
Je confesse que je ne cherche pas les sommets. Je prends dans mon sac à dos des vêtements chauds, un appareil photo et un carnet pour aller me poser sur les rives d’un lac ou d’un torrent, pour divaguer sur des cimes sans randonneurs et sans alpinistes. Quand le soleil décline, je prends le chemin du retour, le plus tard possible. Je ne conquiers rien, j’accueille la lumière.
Je reconnais leurs silhouettes qui m’appellent dans les prés, et aime à me glisser sous leurs alignements qui m’offrent des séquences cinématographiques. Les arbres sont des êtres vivants comme les autres..
« Un paysage nous « touche », non pas accidentellement ou anecdotiquement, mais essentiellement parce qu’il fait éprouver, de sa pure extériorité, un plus intérieur de soi (que « soi ») révélant mon intime »
François Jullien, Vivre de paysage ou l’impensé de la raison, Gallimard, 2014, p 92
Je fréquente depuis 25 ans une transversale oubliée, une France entre parenthèse, entre Limoges et Clermont-Ferrand, un pays de confins où je vis le plus long et passionnant des voyages.
« Tout chemin m’est bon dès que la voiture m’a hissé insensiblement – presque toujours, de quelque côté qu’on l’aborde, par de longues rampes douces – sur cette terrasse éventée de la France, où errer à l’aventure a quelque chose de plus grisant qu’ailleurs ; même dans le Limousin, moins accidenté, plus monotone, la surprise s’embusque presque partout »
Julien Gracq, Carnets de grands chemins, José Corti, 1992, p 70
Cueillir des cèpes, myrtilles et fraises des bois, contempler les jeux de lumière à travers la forêt, lire et boire un café les pieds dans l’eau, me baigner dans un lac à l’abri des regards, écouter le chant d’un ruisseau, traverser le lit d’un torrent… Les vraies richesses sont gratuites.
« La forêt bruissait de mille bruits et j’étais venu chercher le silence ici, près des eaux, qui roulaient lentement entre les rochers aux formes arrondies. Je m’allongeais sur le plus plat d’entre eux et contemplais le ciel qui trouait les feuillages. J’éprouvais le sentiment de vivre dans un autre siècle, loin de mon époque et éloigné des hommes »
Joel Vernet, Au bord du monde, Ed. du Laquet, 2001, p 64