Sommaire

I – Le Contretemps comme roman (du) quotidien ; une géographie de l’ordinaire

  • Traverses / Je fréquente depuis 25 ans une transversale oubliée, une France entre parenthèse, entre Limoges et Clermont-Ferrand, un pays de confins où je vis le plus intéressant des voyages.
  • Infraordinaire / Je pars souvent dériver dans les rues de la cité endormie, en bas de chez moi. Un lampadaire, une fenêtre éclairée, une avenue déserte font parfois surgir une scène à caractère fantastique. J’entre alors dans un tableau d’Edouard Hopper.
  • Le quatrième temps / Je cherche des zones de lisières où le monde ne vient plus jusqu’ici, où le futur semble improbable, où le passé rôde encore au travers d’une multitude de scènes aux allures d’un décor des années 1980. Le quatrième temps est une « sortie de route » de l’espace géographique contemporain.

II – Le contretemps comme disponibilité au monde ; une géographie des instants de vie pure

  • Marche et rêve / Je confesse que je ne cherche pas les sommets. Je prends dans mon sac à dos des vêtements chauds, un appareil photo et un carnet pour aller me poser sur les rives d’un lac ou d’un torrent, pour divaguer sur des cimes sans randonneurs et sans alpinistes. Quand le soleil décline, je prends le chemin du retour, le plus tard possible. Je ne conquiers rien, j’accueille la lumière
  • Les discrètes / Elles n’alimentent pas encore les usines et centrales nucléaires, ne figurent pas sur la liste des fleuves qui font le prestige d’un pays. Elles préfèrent disparaître avant d’enrichir le capitalisme. Elles chantent au fond d’une vallée discrète, sont connues de quelques pêcheurs, paysans et gens du village. Elles sont souvent limousines et qui les fréquente ne les oublie jamais.
  • Les heures bleues / En hiver, les rivages d’Europe sont débarrassés des ciels opaques, des chaleurs accablantes et des foules qui entravent le goût d’aimer. Le hors-saison est un autre bleu.

III – Le contretemps comme refuge ; une géographie des pas de côté

  • Tangentes / Il existe des routes déclassées, déviées, dépecées, des « routes 99 ». Chaque découverte d’un tronçon est l’occasion d’une heureuse parenthèse, d’une pratique momentanée de l’écart, d’une déviance. Je roule pour me perdre et me retrouver.
  • Les maisons amies / Une véranda, un feu de cheminée, une table ouvrant sur un jardin, la visite d’un chat, une conversation intime autour d’un verre… Des maisons m’accueillent autant que je les accueille, m’offrant un doux retrait, une paix de l’âme, une amitié.
  • Les îles ou presque / Je me hisse souvent sur les grands plateaux du Massif central qui constituent des sortes d’îles formant un archipel. Je pars m’étourdir de vent et de solitude, éprouver les vertiges de l’horizontalité.

IV – Le contretemps comme marque d’un décrochage : une géographie de l’effacement

  • Suspension temporaire / Encore une porte de gare sur laquelle une affiche informe d’une « fermeture provisoire » du trafic ferroviaire. De la vallée d’Aspe aux Combrailles, on attend une « réouverture ». En attendant, la nature fait son œuvre.
  • Derniers voyages / Les friches sont désormais moins industrielles que touristiques. On peut recenser dans cette « espèce d’espaces » des stations thermales fantomatiques, des villages de vacances abandonnés, des hôtels sans avenir, des quartiers de gares sans train, des postes sans frontières.
  • Nouvelle frontière / Dans les Pyrénées, les passages franco-espagnols ne conduisent pas seulement vers « ailleurs » ; ils sont devenus un ailleurs.