
Catégorie : Quatrième temps
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Version d’origine
La plupart des façades et vitrines ont conservé leur physionomie d’antan avec leurs devantures aux grands panneaux de bois, leurs grilles de fer, leurs vitrines aux rideaux à dentelle où l’on entrepose désormais quelques objets anciens et pots de fleurs. La place du foirail n’a pas toujours été réaménagée : elle a gardé ses chaînages et ses tilleuls, ses bordures de trottoirs un peu sommaires, son pont à bascule, ses dalles de pierre où l’herbe finit par se faufiler. A l’angle d’une rue, sur un mur pignon, une indication routière apparaît encore dans sa version d’origine, sur une plaque de lave émaillée.
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Fragments
Je cherche des fragments de temps dans l’espace. Je ne sais pas voir et écrire autrement que par fragments. (Les grands paysages, les grandes histoires avec intrigues, très peu pour moi). Peut-être parce que les espaces que je regarde ne peuvent plus être racontés ; il ne reste que les pièces éparses d’un puzzle impossible à réassembler. Je saisis, en resserrant le cadrage, des morceaux de temps (qui donneraient l’illusion). Je lutte contre la discontinuité des êtres et des lieux, je lutte contre la course du temps.
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Une sortie de route
Je cherche les zones de confins ; j’ai découvert dans leurs villages et chefs-lieux de cantons un « quatrième temps ». Il s’agit d’une espèce d’espace où le présent (l’ère du temps) n’est pas parvenu jusqu’ici, où le futur semble improbable, où le passé n’est plus mais rôde encore au travers d’une multitude de scènes qu’il suffit de cadrer (du regard, ou photographiquement) pour retourner dans les années 1970. Le quatrième temps est une sortie de route de l’espace géographique, un figement, une bulle spatio-temporelle comme échappée de la surface du réel.
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Magnétisme
« La façade d’une maison est comme le visage d’une personne. Souriante, sombre, marquée, vieillie. Le temps a déposé à sa surface le poids des années. De la corniche, d’où s’élance le toit, à l’encadrement des fenêtres, l’enduit, tout se consume et se concentre en un instant figé dans le temps. La lumière du matin, rasante, révèle des détails qui, au soir, s’estompent. Un lieu n’est pas immortel, il n’est pas, comme un tableau peut l’être, quelque chose de stable dans le temps. Sa beauté se modifie au cours des saisons, et puissant est le lien avec ce qui l’entoure. Dans notre monde, attentif uniquement à la reconnaissance de ce qui est visible, on pense que, indépendamment de ce qui survient, un lieu reste le même. Mais c’est faux. Ce qui en fait le magnétisme, c’est un ensemble de choses »
Roberto Peregalli, Les lieux et la poussière, Arléa, 2017, p 17
