Sommaire

I – Le Contretemps comme roman (du) quotidien ; une géographie de l’ordinaire

  • Traverses / Je fréquente depuis 25 ans une transversale oubliée, une France entre parenthèse, entre Limoges et Clermont-Ferrand, un pays de confins où je vis le plus long et intrigant des voyages.
  • Route des(h)êtres / Je reconnais leurs silhouettes qui m’appellent dans les prés, et j’aime à me glisser sous leurs alignements qui m’offrent des séquences cinématographiques. Les arbres sont des êtres vivants comme les autres.
  • La nuit est belle / Quand vient le soir et que les rues se vident, j’en profite pour mettre en application la « théorie de la dérive ».
  • Le quatrième temps / Je cherche des zones de lisières où le monde ne vient plus jusqu’ici, où le futur semble improbable, où le passé rôde encore au travers d’une multitude de scènes aux allures d’un décor des années 1980. Le quatrième temps est une « sortie de route » de l’espace géographique contemporain, une suspension.

II – Le contretemps comme disponibilité au monde ; une géographie des instants de vie pure

  • Marche et rêve / Je confesse que je ne cherche pas les sommets. Je prends dans mon sac à dos des vêtements chauds, un appareil photo et un carnet pour aller me poser sur les rives d’un lac ou d’un torrent, pour divaguer sur des cimes sans randonneurs et sans alpinistes. Quand le soleil décline, je prends le chemin du retour, le plus tard possible. Je ne conquiers rien, j’accueille la lumière
  • Les discrètes / Elles n’alimentent pas encore les usines et centrales nucléaires, ne figurent pas sur la liste des fleuves qui font le prestige d’un pays. Elles préfèrent disparaître avant d’enrichir le capitalisme. Elles chantent au fond d’une vallée discrète, sont connues de quelques pêcheurs, paysans et gens du village. Elles sont souvent limousines et qui les fréquente ne les oublie jamais.
  • Eloge des quais / Je m’assois sur un banc ou à même le sol, et je regarde l’horizon. L’attente me suffit ; je trouve sur les quais grecs, sur les pontons, embarcadères et jetées de quoi satisfaire mon envie d’évasion. Je me laisse emporter par le bal des ferries et le chant du clapotis sous mes pieds.
  • Les heures bleues / En hiver, les rivages d’Europe sont débarrassés des ciels opaques, des chaleurs accablantes et des foules qui entravent le goût d’aimer. Le hors-saison est un autre bleu.

III – Le contretemps comme refuge ; une géographie de l’écart

  • Tangentes / Il existe des routes déclassées, déviées, dépecées. Chaque découverte d’un tronçon est l’occasion d’une heureuse parenthèse, d’une pratique momentanée de l’écart, d’une déviance. Je roule pour me perdre et me retrouver.
  • Les maisons amies / Une véranda, un feu de cheminée, une table ouvrant sur un jardin, la visite d’un chat, une conversation intime autour d’un verre… Des maisons m’accueillent autant que je les accueille, m’offrant un doux retrait, une paix de l’âme, une amitié.
  • Les îles ou presque / Je me hisse souvent sur les grands plateaux du Massif central qui constituent des sortes d’îles formant un archipel. Je pars m’étourdir de vent et de solitude, éprouver les vertiges de l’horizontalité.
  • La présence de l’absence / Une chapelle, un sanctuaire, un cimetière. Il est parfois des heures où se recueillir constitue un besoin. La géographie, aussi, est source de consolation et de pratique cathartique.

IV – Le contretemps comme marque d’un décrochage : une géographie de l’effacement

  • Suspension temporaire / Encore une porte de gare sur laquelle une affiche informe d’une « fermeture provisoire » du trafic ferroviaire. De la vallée d’Aspe aux Combrailles, on attend une « réouverture ». En attendant, la nature fait son œuvre.
  • Derniers voyages / Les friches sont désormais moins industrielles que touristiques. On peut recenser dans cette « espèce d’espaces » des stations thermales fantomatiques, des villages de vacances abandonnés, des hôtels sans avenir, des quartiers de gares sans train, des postes sans frontières.
  • Murmures / Il reste des murs effondrés et le silence des eaux endormies. De l’Aragon au Limousin, j’explore les vallées et rivières anesthésiées.
  • Ferrailles / Ce sont des reliques au statut incertain, des épaves signalant une absence. Je les découvre au hasard d’une lisières, aux abords d’une grange, cernant un ancien garage, oubliées sur la place d’un village grec.